Management public
Informatique operationnelle Communication operationnelle Communication strategique Informatique strategique
Portrait de Moune Poli
Une mobilité alternative contre l’isolement et la précarité

Partager les transports, c’est moins cher et écologique. C’est également l’occasion de créer un lien social de qualité. En Rhône Alpes, la Maison de la mobilité du Pilat agit en faveur de modes de déplacements alternatifs. Reportage...

 

Pomponée, maquillée… Comme tous les matins à 8 h 10, Jocelyne franchit sa porte. Cette jeune retraitée, pourtant, n’a plus aucune contrainte : divorcée, sans enfant… le temps lui appartient. Le temps, mais également le risque d’isolement social. Petit câlin au chat, elle descend l’escalier afin de retrouver la bande de gosses qui guette son arrivée pour conduire le pédibus jusqu’à l’école. « Je fais cela pour être utile, et pour garder la forme aussi. » Rachel Voron, une des deux chargées de mission de la Maison de la mobilité du Pilat (Mopi) et agent du parc, travaille à la dynamique de ce service peu ordinaire. Elle renchérit : « Une vie sociale s’installe. Les réunions pédibus, faut voir… c’est un très joyeux bazar ! Et puis, cela a valeur d’exemple. »

Covoiturage

Ce codéplacement pédestre fait écho au service covoiturage impulsé, lui aussi, par la Mopi. Réponse économique à la question du déplacement sur le vaste territoire rural du Parc naturel régional du Pilat, le covoiturage permet à nombre de personnes, dépendantes de leur conjoint ou enfants, de retrouver une certaine liberté. Les lignes de bus ne couvrent pas tout le territoire et, pour les personnes âgées notamment, le service est une aubaine. L’autonomie retrouvée déclenche même de la joie, témoigne la responsable de la Mopi. La mobilité partagée s’organise soit autour de demandes ponctuelles (une personne qui doit aller chez le médecin, ou faire des courses en ville), soit autour de déplacements réguliers tel le trajet domicile/travail. C’est le cas d’Isabelle qui « aime partager un moment agréable et régulier avec des personnes que, dans d’autres circonstances, elle n’aurait jamais rencontrées. » Même enthousiasme pour Maïlys qui utilise le service depuis un an. « Dans mon école, il n’y a pas d’internat et je n’ai pas le permis… Restait la solution du studio en ville. Mais mes parents ne pouvaient pas faire face à ces dépenses, et de toute manière, je me sens trop jeune pour habiter seule. Alors, je covoiture, on discute… C’est sympa. Cela m’autorise aussi plus de souplesse horaire que le bus. Je ne suis plus dépendante de mes parents qui devaient faire sept kilomètres matin et soir pour venir me chercher. » Après une enquête approfondie sur les déplacements des habitants, la Maison pour l’emploi Loire Sud a également inauguré des solutions moins conventionnelles : le prêt de cyclomoteur ou de vélo pour les personnes à la recherche d’un emploi. Le service est plébiscité par les jeunes qui ont investi l’outil comme un espace de liberté. Certaines autres communes (1) ont emboîté le pas, offrant des services de location de mobylettes.

La mission Mopi 2005-2007 : Autour du Forum social du Pilat, de riches débats abordent les questions de ruralité et donc les problèmes d’isolement et de transports. Le  constat : beaucoup de trajets pour travailler aux villes portes ; auto-stop non sécurisé des jeunes ; difficultés de déplacements pour les personnes âgées ouprécarisées. L’objectif vise des déplacements plus écologiques. Très vite, il s’avère qu’il faut raisonner à l’échelle d’un territoire assez grand : celui du parc du Pilat. Cette réflexion se concrétise par la création d’une association d’habitants : Pilattitude. Une convention est signéeen janvier 2010 entre le Parc naturel régional du Pilat et l’association. Le parc assure la cohésion territoriale, le management de la mission. Pilattitude apporte son expertise citoyenne grâce au retour des personnes relais et la mobilisation de son réseau.

Action citoyenne

L’idée de mobilité alternative prend sa source sur un fort terreau de militants « du lien social » dont l’action s’est trouvée renforcée avec la création de l’association Pilattitude. Celle-ci, en lien avec le parc, porte l’esprit du projet. L’association fonctionne avec des bénévoles, personnes relais qui connaissent leur territoire et le quotidien de ses habitants. Rachel Voron leur rend hommage : « Aujourd’hui nous proposons des formations au covoiturage aux secrétaires de mairie. Si les collectivités locales s’emparent de ces questions, nous aurons gagné ».

 

1. Communauté de communes du Pilat rhodanien. Région de Condrieu.